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- Pensées sur l'art ou art de la pensée -

"PRENEZ VOUS LA TÊTE", AVANT QU'" ON " VOUS LA PRENNE, LA RÉDUISE, LA RAMOLLISSE, LA CASSE!

OU RÉCUPÉREZ-LA!...

Une sélection de textes critiques, extraits de diverses oeuvres, sur la situation de l'art et des artistes, DONC CRITIQUE DE LA SOCIÉTÉ qui la produit. Ces textes sont référencés ci-dessous et atteignable par un simple "clic" sur l'auteur. Le mieux est de lire les livres en entiers, certains sont introuvables, mais il reste la bibliothèque, les bouquinistes... ou internet!

(! lorsque nécessaire, pour une compréhension facilitée les notes ajoutées, sont signée n.d.trs pour note du transcripteur)

(les parties colorées sont également un simple surlignage du claviste, destiné à vous donner envie de lire l'entier du texte cité)

Textes de:

Henri Lefebvre - Ernesto Che Guevarra - Edouard Berth

A LIRE ÉGALEMENT: (entre autres)

1958-1969
Oeuvres

 


Henri Lefebrve: in La pensée marxiste et la ville éditions Casterman 1972

Page 41:

Ici vient la formule décisive. Qu'est-ce que la production ? Dans un sens large, hérité de Hegel mais transformé par la critique de la philosophie en général, par celle de l'hégélianisme en particulier, par l'apport de l'anthropologie, la production ne se limite pas à l'activité, qui façonne pour les échanger, des choses. Il y a les oeuvres et les produits. La production dans ce sens large (production par lui-même de l'être humain) implique et comprend celles des idées, des représentations, du langage. Intimement mêlée " à l'activité matérielle et au commerce matériel des hommes, elle est le langage de la vie réelle ".(ici l'auteur fait référence à l'ouvrage de Engels et Marx " l'idéologie allemande " n.d.trs). Les hommes produisent les représentations, les idées mais ce sont "les hommes réels, agissants".

Page 43-:

(références de l'auteur : Marx et Engels "l'idéologie allemande" n.d.trs.)

Engels et Marx jouent sur le double sens du mot production.

a) L'acceptation large, héritée de la philosophie. Production signifie création et vaut pour l'art, la science, les institutions, l'État lui-même, comme pour les activités que l'on dit généralement " pratiques " . La division du travail, qui fragmente la production et fait que le processus échappe à la conscience, est elle-même une production, comme la conscience et le langage. La nature, elle-même transformée est produite ; le monde sensible qui semble donné, est créé.

b) L'acceptation étroite, précise, bien que réduite et réductrice, héritée des économistes (Adam Smith, Ricardo) mais modifiée par l'apport d'une conception globale, l'histoire.

Il y a, chez Engels et Marx, une sorte de double jeu. L'acceptation large (philosophique ou quasi philosophique) mais vague du terme " production ", ils la font bénéficier du caractère précis, empirique, presque " positif "de son acceptation étroite. Ils corrigent le caractère étroit (réduit et réducteur) de cette dernière acceptation en y projetant l'ampleur et les vastes perspectives de l'autre sens. Dans le sens vaste, il y a production d'oeuvres, d'idées, de "spiritualité" apparente, bref de tout ce qui fait une société et une civilisation. Dans le sens étroit, il y a production de biens, de nourritures, de vêtements, de logements, de choses. Ce dernier sens appuie le premier et désigne sa " base " matérielle.

Engels et Marx arrivent à convaincre le lecteur que l'histoire comprend et comporte ce double processus, ce double sens. Toutefois, l'argumentation ne va pas sans un certain désordre, sans faiblesses qui expliquent peut-être l'abandon par les auteurs de leur ouvrage, qu'ils ne publièrent pas.

Page 70:

Combien de temps a-t-il fallu pour s'apercevoir que le sous-titre du Capital, à savoir " Critique de l'économie politique ", devait se prendre à la lettre ? Malgré le sous-titre, pendant plus d'un demi siècle, on a considéré Le Capital comme un traité d'économie. Après quoi, on l'a interprété comme critique de l'économie politique bourgeoise, contenant les prémisses d'une économie politique dite "socialiste". Alors qu'il faut le prendre comme critique de toute économie politique : de l'économique en tant que "séparé", de la science parcellaire qui se change en dispositifs contraignants, de la "discipline" qui fixe et fige certains rapports momentanés en les élevant au rang de "vérités" dites scientifiques. De même, la critique marxiste de l'État ne contient pas seulement la contestation de l'état hégélien, de l'état bourgeois, mais celle de la démocratie, de l'État dit démocratique et socialiste : de tout État (en tant que pouvoir).

Page 74-75:

La double acceptation de terme vient de ce que " les hommes " en société produisent tantôt des choses (produits), tantôt des oeuvres (tout le reste). Les choses se dénombrent, se comptent, s'apprécient en argent, s'échangent. Les œuvres? Difficilement. Produire, au sens large, c'est produire de la science, de l'art, des relations entre les êtres humains, du temps et de l'espace, des événements, de l'histoire , des institutions, la société elle-même, la ville, l'État, en un mot : tout. Dans l'acceptation étroite, le sens commun règne et chacun sait de quoi il parle ; mais la pensée sur ce terrain, comme la pratique, tombe dans la platitude. De l'autre côté par contre, où et comment s'arrêter ? A la limite, le philosophe s'y retrouve ; il reprend ce qu'il a perdu en disant : " Oui, les hommes, tous ensemble, produise la Vérité, l'Idée, la Divinité ! "

L'alternative correspond à celle du Sujet et du Système, mais ne coïncide pas avec elle. Où et comment trouver l'imputation ? Où la cohérence ? La production de produits est impersonnelle ; la production d'oeuvres ne se comprends pas si elle ne dépend pas de sujets.

L'économiste se place, en toute bonne conscience, c'est-à-dire avec une certitude qui ne se distingue pas de la trivialité du sens commun et se prend pour véracité scientifique, dans l'acceptation étroite. Il constate. Il compte. Il décrit. Il peut aussi bien compter des oeufs que des tonnes d'acier, du bétail que des travailleurs. (actuellement on ne dit plus " travailleurs ", "on" dit " ressources humaines " n.d.trs). Il garde au cours de ces opérations une tranquille et inébranlable certitude. Le " qui ? ", le " pourquoi ? " ne l'intéresse pas. L'empirisme économique refuse le concept, la théorie, la critique. Détient-il la connaissance ? Non, pense Marx, car il ne saisit aucun rapport. Pourtant, quand la pensée veut saisir des rapports sociaux, ne risque-t-elle pas de s'éloigner des faits ? Elle prend distance et recul ; l'appréciation critique y trouve place ; mais n'est-ce pas elle, la critique (de la société " réelle ", de l'empirisme qui se contente du constat), qui motive la conception des rapports ?

Page 78

Dans cette perspective, les autres fragments de la même période prennent tout leur sens. Le célèbre fragment sur l'art ne peut s'isoler. Il (Marx n.d.trs) répond à la question : " Qu'est-ce que produire au sens large ? " Il répond aussi à cette autre question : " Qu'est-ce qu'une société ? " Produire, ce n'est pas seulement produire matériellement, c'est produire du droit, une forme de famille, un système juridique (p.40), de l'art, non sans disparités entre ces secteurs de la production. Une société ? Cela implique des rapports sociaux pratiques, dont la " culture " fait partie (p.40). Une société, cela ne peut se réduire à une production dans l'acceptation des économistes : appareil de production et de consommation, identité ou diversité entre les deux aspects. Produire, pour une société, c'est aussi produire des événements, de l'histoire, et par conséquents des guerres. Et même " la guerre se pratique avant la paix ". Des rapports économiques aussi importants que le travail salarié et le machinisme " se sont développés dans l'armée avant de se développer dans la société bourgeoise ". En outre, l'armée illustre mieux " le rapport entre les forces productives et les modes d'échange et de distribution " (p.39)( référence de l'auteur à introduction générale à la critique de l'économie politique 1857 n.d.trs)

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Ernesto "Che" Guevarra: in le socialisme et l'homme FM/Petite collection maspero,1967

Réédition: Le Socialisme et l'homme Cahiers libres Essai broché Ernesto Guevara La Decouverte 10/1998

De l'édition Maspéro1967 : Page 99:

NÉCESSITÉ MATÉRIELLE

ET NÉCESSITÉ MORALE.

Dans le domaine des activités non productives, il est plus facile de distinguer la nécessité matérielle de la nécessité morale. Depuis longtemps, l'homme essaie de se libérer de l'aliénation par la culture et l'art. Il meurt journellement au cours des huit heures pendant lesquelles il remplit son rôle de marchandise, pour ressusciter ensuite dans la création artistique. Mais ce remède porte les germes de la maladie elle même : celui qui cherche la communion avec la nature est un être solitaire. Il défend son individualité opprimée par le milieu et réagit devant les idées esthétiques comme un être unique, dont l'aspiration est de rester immaculé. Il ne s'agit que d'une tentative de fuite.

La loi de la valeur n'est plus le simple reflet des rapports de production ; les capitalistes monopolistes l'entourent d'un échafaudage compliqué qui en fait une servante docile, même quand les méthodes employées sont purement empiriques.

 

La superstructure impose un type d'art qui nécessite un travail d'éducation des artistes très poussé. Les rebelles sont dominés par la technique et seuls les talents exceptionnels peuvent créer une oeuvre personnelle. Les autres deviennent des salariés honteux ou bien ils échouent. On invoque la recherche artistique que l'on considère comme la définition de la liberté, mais cette " recherche " a ses limites, imperceptibles jusqu'à ce qu'on s'y heurte, c'est-à-dire jusqu'au moment où l'on pose les problèmes réels de l'homme et de son aliénation. L'angoisse injustifiée ou les passe-temps vulgaires constituent de commodes soupapes pour l'inquiétude humaine ; on combat l'art dès qu'il devient une arme de dénonciation. Si l'on respecte les règles du jeu, on obtient tous les honneurs, comparables à ceux que pourrait obtenir un singe en inventant des pirouettes. La seule condition est de ne pas essayer de s'échapper de la cage invisible.

 

UNE NOUVELLE IMPULSION

DE LA RECHERCHE ARTISTIQUE.

Quand la révolution a pris le pouvoir, ceux qui étaient totalement domestiqués sont partis en exil. Les autres révolutionnaires ou non, entrevirent une nouvelle voie. La recherche reçut une nouvelle impulsion. Cependant les chemins étaient déjà plus ou moins tracés et le concept de fuite se dissimula sous le mot " liberté ". Chez les révolutionnaires, cette attitude s'est souvent maintenue, reflet dans leur conscience de l'idéalisme bourgeois.

Dans les pays qui sont passés par un processus semblable, on a prétendu combattre ces tendances par un dogmatisme exagéré. La culture générale se transforma presque en un tabou et on proclama comme le summum de l'aspiration culturelle une représentation formellement exacte de la nature, celle-ci se transformant ensuite en une représentation mécanique de la réalité sociale que l'on voulait faire voir, la société idéale presque sans conflits ni contradictions que l'on cherchait à créer.

 

Le socialisme est jeune, il a ses erreurs. Nous, révolutionnaires, manquons souvent des connaissances et de l'audace intellectuelle nécessaires pour faire face à la tâche de développer l'homme nouveau par des méthodes différentes de celles, trop conventionnelles, qui sont marquées du sceau de la société qui les a créées (une fois de plus apparaît le problème des rapports entre la forme et le contenu). Notre désarroi est grand et les problèmes de la construction matérielle nous absorbent. Il n'y a pas de grands artistes qui aient en même temps une grande autorité révolutionnaire. Les hommes du Parti doivent prendre cette tâche en main et chercher à atteindre l'objectif principal : éduquer le peuple.

LE RÉALISME SOCIALISTE EST FONDE

SUR L'ART DU SIÈCLE PASSE.

On cherche alors la simplification, à se mettre au niveau de ce que tout le monde comprend, c'est-à-dire de ce que comprennent les fonctionnaires. On annihile l'authentique recherche artistique et le problème de la culture générale se réduit à une appropriation du présent socialiste et du passé mort (par conséquent inoffensif). C'est ainsi que naît le réalisme socialiste sur la base de l'art du siècle passé.

Mais l'art réaliste du XIXe siècle est aussi un art de classe, plus purement capitaliste peut-être que cet art décadent du XXe siècle, ou transparaît l'angoisse de l'homme aliéné. Dans le domaine de la culture, le capitalisme a donné tout de lui-même et il n'en reste plus qu'un cadavre malodorant qui se manifeste dans l'art par sa déchéance actuelle. Mais, pourquoi prétendre chercher dans les formes figées du réalisme socialiste l'unique recette valable ?

 

On ne peut opposer au réalisme socialiste la " liberté ", car celle-ci n'existe pas encore, elle n'existera pas tant que le développement de la nouvelle société ne sera pas achevé, qu'on ne prétende pas condamner toutes les formes d'art postérieures à la première moitié du XIXe siècle du haut du trône pontifical du réalisme à outrance, car on tomberait dans une erreur proudhonienne de retour au passé, et on mettrait ainsi une camisole de force à l'expression artistique de l'homme qui naît et se construit aujourd'hui.

Il manque le développement d'un mécanisme idéologico-culturel qui permette la recherche et arrache la mauvaise herbe qui se multiplie si facilement sur le terrain fertile de la subvention étatique.

L'HOMME

QUE NOUS DEVONS CRÉER.

Dans notre pays, nous ne sommes pas tombés dans l'erreur du réalisme vulgaire, mais dans l'erreur inverse. Et cela, parce que nous n'avons pas compris la nécessité de créer un homme nouveau qui ne soit ni celui du XIXe siècle, ni celui de notre siècle décadent et pourri. C'est l'homme du XXIe siècle que nous devons créer, bien que ce ne soit encore qu'une aspiration subjective et non systématisée. C'est précisément l'un des points fondamentaux de notre étude et de notre travail. Dans la mesure où nous obtiendrons des succès concrets sur une base théorique et où, inversement, nous tirerons des conclusions de caractère général sur la base de nos recherches concrètes, nous aurons fait un apport précieux au marxisme-léninisme, à la cause de de l'humanité. La réaction contre l'homme du XIXe siècle nous a fait retomber dans la décadence du XXe siècle ; ce n'est pas une erreur trop grave, mais nous devons la réparer sous peine d'ouvrir la voie au révisionnisme.

Les grandes masses dont la conscience se développe, les idées nouvelles qui progressent parallèlement au sein de la société et les possibilités matérielles d'un développement intégral de tous ses membres, rendent le travail beaucoup plus fructueux. Le présent est fait de lutte ; l'avenir nous appartient.

LE PÉCHÉ ORIGINEL

DES INTELLECTUELS.

En résumé, la culpabilité de beaucoup de nos intellectuels et de nos artistes est la conséquence de leur péché originel : ce ne sont pas d'authentiques révolutionnaires. On peut essayer de greffer un orme pour qu'il donne des poires, mais en même temps il faut planter des poiriers. Les nouvelles générations naîtront libérées du péché originel. Plus nous élargirons le champ de la culture et les possibilités d'expressions, plus nous aurons de chances de voir surgir des artistes exceptionnels. Notre tâche est d'empêcher que, déchirée par ses conflits, la génération actuelle ne se pervertisse et ne pervertisse les nouvelles générations. Nous ne devons pas créer des salariés soumis à la pensée officielle, ni des boursiers vivant bien à l'abri de leur bourse et exerçant une liberté entre guillemets. Les révolutionnaires qui chanteront l'homme nouveau avec l'authentique voix du peuple viendront. C'est un processus qui demande du temps.

Dans notre société la jeunesse et le parti jouent un grand rôle. La jeunesse est particulièrement importante, car elle est l'argile malléable avec laquelle on peut construire l'homme nouveau débarrassé de toutes les tares du passé. Elle est traitée conformément à nos ambitions. Son éducation est chaque jour plus complète et nous n'oublions pas de l'intégrer au travail dès le début. Nos boursiers font du travail physique pendant leur vacances ou bien en même temps que leurs études. Le travail est une récompense. Une nouvelle génération naît.

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Edouard Berth in: Guerre des États ou guerre des classes 1924, librairie des sciences politiques et sociales Marcel Riviere, éditeur

Page 390 (notes et observations)

 

...On pourrait tout d'abord faire observer que l'artiste n'est pas nécessairement l'être capricieux et fantasque qu'imaginent nos bourgeois, pour qui, sans doute, une existence de bohème semble l'accompagnement obligatoire d'une vie artistique ; il y a une conception bourgeoise de l'art, qui n'est d'ailleurs qu'un décalque des anciennes conceptions aristocratiques, et qui assimile l'artiste à un amuseur, a une espèce de bouffon ou de fou (comme il y en avait dans les cours et dans les grandes maisons seigneuriales), à qui l'on permettait toutes sortes de fantaisies et de libertés. " Quand on parle de la valeur éducative de l'art, écrit Sorel (Réflexions, p.378, en note), on oublie souvent que les moeurs des artistes modernes, fondées sur l'imitation d'une aristocratie joviale, ne sont nullement nécessaires et dérivent d'une tradition qui a été fatale à beaucoup de beaux talents". La vérité, c'est qu'il faut, avec Sorel, considérer l'art comme une anticipation de la plus haute production ; le véritable artiste n'est pas ce travailleur fantaisiste, et bohème, qui hante l'imagination à la fois scandalisée et niaisement séduite de nos bon bourgeois, mais un ouvrier extra-qualifié, dont la vie très régulière, est toute subordonnée à son travail, pour lequel il éprouve un goût, une ardeur, un désir de perfection si infini qu'il n'est jamais satisfait. La bourgeoisie ne peut pas imaginer à l'activité d'autres mobiles que l'amour du lucre et du profit, et si l'ouvrier travaille, évidemment, c'est qu'il y a... l'homme au fouet, le Maître, qui impose du dehors sa rude discipline, lui-même n'aspirant qu'à acquérir, le plus rapidement possible, une grosse fortune. Comme le dit Marx, la bourgeoisie a noyé tous les sentiments "dans les eaux glacées du calcul égoïste" ; et tous les mobiles désintéressés ont perdu, sous sa domination, une grande partie de leur force: l'homme est devenu étrangement et férocement utilitaire.

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