Forum à la thèse 4 introduite par Myriam Werner

 

 

"On reproduit de plus en plus d'oeuvres qui ont été faites justement pour être reproduites".

 

 

Walter Benjamin

Myriam: Benjamin met en double évidence la production-reproduction et le contexte de réception. Il établit un lien entre le concept et le moyen de production qui est une reproduction, et la diffusion démultipliée.

J'ai établi une relation avec le multiple dans l'art conceptuel où le concept implique une reproduction comme dans l'ensemble de Mc Collum exposé au Centre d'art contemporain à Genève. Je me suis demandé quel était son projet objectif, pour le dire comme Benjamin, et si ce projet dans son concept était de s'émanciper par le multiple du rôle rituel d'une pièce unique, autrement dit authentique.

Liliane: Benjamin demande de tenir le plus grand compte d'un ensemble de relations dont le paramètre de concevoir la reproductibilité à même le concept de production, et dans cet ensemble, - le contexte de réception de cette reproduction. La photographie, puis le film contiennent dans leur conception le projet objectif de leur reproductionet donc de l'émancipation de l'oeuvre hors de son rôle traditionnel de culte de l'authentique, de l'unique. La seule question du contexte permettrait à Benjamin de marquer les tournants historiques. Mais elle n'est pas isolable. Elle doit être mise en relation avec l'ensemble des facteurs dits.

Elodie: est-ce que l'auteur du multiple peut avoir encore la maîtrise du contexte?

Yves: Benjamin ne dit pas qu'il y a maîtrise ou non, mais que la reproduction modifie la diffusion et le contexte de réception. Par rapport au multiple technologique, le multiple de Mc Collum n'est pas tout à fait la reproduction technique, ni le contexte de production et de réception dont parle Benjamin avec le film.

Elodie: est-ce qu'il est pertinent de vouloir maîtriser le rapport au contexte dans une pièce in situ?

Liliane: la pièce in situ, par son unicité, n'est-elle pas à l'autre pôle de la reproductibilité ayant une fonction rituelle largement profane?

Stéphanie: ce que dit Benjamin implique une critique de la notion d'auteur comme figure d'autorité et de l'oeuvre comme unique, lointaine ou proche, mais de toute façon non diffusée et saisie par beaucoup.

Liliane: la critique benjaminienne porte bien sur ces mythologies.

Yves: de cette façon, Benjamin cautionnerait les pratiques de copies de copies, le piratage amplifié par nos moyens actuels. Pour cette raison, il faut des citoyens, des consciences individuelles se rassemblant dans ces reproductions, produisant des mutations de plus en plus rapides du sens. La responsabilité s'est déplacée sur les récepteurs et les récepteurs ne sont pas actuellement des citoyens.

Myriam: je ne peux pas être d'accord avec Benjamin que l'aura a disparu à l'apparition de la première technique de reproduction, qu'il dit révolutionnaire,par la photographie.

Liliane: les appareillages techniques hâtent la disparition de ce rôle rituel de l'oeuvre d'art unique mais ils ne sont pas les seuls facteurs. Il y a ébranlement dit Benjamin et il précise que la fonction de l'art se trouve bouleversée. Avec les appareillages techniques, cette fonction prend appui sur une praxis, publique, celle des gens, celle que souhaite Benjamin, celle qu'il appelle politique.

Yves: l'ouvrier n'a pas accès à l'aura...

Dionisio: Vélasquez a déjà commencé à faire perdre aux princes leur aura dans l'agencement des Ménines. cette perte est augmentée par la technique picturale. Même que le tableau n'est pas un médium de reproduction technique, qu'il reste unique, le peintre a déjà fait perdre quelque chose de cette beauté unique.

Grégoire: la reproductibilité a commencé depuis longtemps et donc l'atteinte à l'aura et je me demande si avec l'augmentation de la reproductibilité, il y aurait simultanément augmentation de la spectacularisation?

Laura: le spectaculaire serait selon moi à mettre en rapport avec une dramatisation.

Stéphanie: intuitivement, je dirais que le spectaculaire est une résistance à la reproductibilité. La reproductibilité porte atteinte à l'autorité du même, de l'unique. Le spectaculaire sert à redonner quelque chose de ce grand lointain.

Grégoire: l'aura serait redéplacée dans le spectaculaire?

Yves: le spectaculaire est la mauvaise nostalgie de l'aura.

Laura: rappelle-moi comment tu entends le spectaculaire.

Grégoire: en se référant à Brecht, et à l'opposition gestus-gesticulation. Je voyais la perte de l'aura ayant pour conséquence une augmentation du spectaculaire.

Liliane: la perte de l'aura comme phénomène complexe de lointain qui se fait comme s'il était proche, comme un mystère avec ce qu'il a d'unique pour une unique personne, n'est pas pleurée par Benjamin et quand elle est ébranlée dans l'oeuvre de l'appareillage technologique, elle laisse place à une chance pour la praxis. Si c'est le spectaculaire qui l'emporte, alors c'est l'occasion manquée.

Elodie: j'ai vu une version opérette d'un film de Walt Disney et cette drôle de copie faisait perdre l'aura, par déplacement, - de l'unicité, de l'autorité de l'oeuvre.

Yves: le spectaculaire est retors, il utilise les techniques de la reproductibilité tout en cherchant à condenser encore de l'aura par la star, par le nom de l'auteur,etc.

Elodie: quand tu fais un CD-rom avec tout le matériel des autres, est-ce que tu vas citer tous les noms, tous les partenaires latéraux pour que ce nom d'auteur ait moins d'aura?

Yves: sans doute mais simultanément la déconstruction critique de l'auteur n'implique pas la disparition d'une signature et la responsabilité. C'est là l'entrée en politique de l'auteur, il n'est pas seul, il ne peut pas seulement écrire, créer, il doit vivre. Et pour pouvoir avoir le temps d'écrire, il doit vivre avec les autres. C'est ce que je disais, - citoyen. Responsable n'est pas spectaculaire et le spectaculaire n'est pas responsable.