
Forum à la thèse 15 introduite par Dionisio Alfaro
"Le public des salles obscures est bien un examinateur, mais un examinateur qui se distrait".
"Qu'il (le cinéma) transforme chaque spectateur en expert".
"L'attitude de cet expert n'exige de lui aucun effort d'attention".
Walter Benjamin
Dionisio: je voudrais faire une actualisation de la thèse 15 en la mettant en relation avec la revue Alliage qui fait une réflexion sur le statut esthétique de l'art technologique intitulée "l'art technologique maladie de jeunesse, enthousiasme d'adolescence". Je voudrais faire la critique du discours conservateur cité dans la thèse 15 à propos de Duhamel et faire un lien avec la pensée actuelle de quelques conservateurs disant de même à propos du réseau Internet "c'est un divertissement d'ilotes, un passe-temps d'illettrés, de créatures misérables...". Ce discours est défensif et naïf, simplificateur. La distraction, l'attitude ludique, la réception par la voie du divertissement demandent, comme le dit Benjamin, a être regardées de plus près. La technique informatique est celle de l'âge de la mécanique quantique ( à condition qu'il soit clair qu'il s'agit là d'un simple rapprochement métaphorique), celle de notre temps et qui montre quelque chose de ce temps qu'une autre technique ne peut montrer. "La fonction d'onde de la mécanique quantique introduit une sorte d'ubiquité des particules, leur non-localisation, et l'ubiquité est, comme on l'a vu, un des thèmes de prédilection de l'art technologique. mais surtout, la situation du spectateur vis-à-vis de l'oeuvre interactive fait effectiveemht penser à celle de l'observateur en mécanique quantique. cet observateur ne peut observer des particules qu'en agissant dessus, ce qui les modifie (car en agissant sur elles, on leur apporte une énergie de même ordre de grandeur que leur énergie propre, précisément parce que ces particules sont petites" (op. cit. Alliage). Cette technique s'auto-modifie à la vitesse des quantas, non perceptibles, non préhensibles par les voies connues jusqu'ici. Les médias informatiques captent et stimulent la possibilité de capter ces états, ces phénomènes.
Laura: la voie du divertissement, du plaisir, de la distraction que dit Benjamin comme une voie critique est une ouverture dans la pensée et dans les sens qui sont transformés. Le cinéma modifie les organes réceptifs, il produit une ouverture dans les modes de réception.
Yvan: Benjamin dit tactile, au sens où ce n'est plus complètement la voie visuelle et où le tactile est le sens interactif.
Dionisio: tactile au sens où ça pénètre dans le réalité, ce qui modifie la réalité. Les appareillages sont actifs comme la caméra, le montage, la pellicule et ils s'éloignent de tout ce qui a été l'approche contemplative.
Elodie: avec les médias électroniques il a y encore d'autres processus dont la vitesse transformatrice des codes. On pourrait dire que ces médias font encore autre chose que de pénétrer la réalité, ils sont génératifs.
Dionisio: j'ajouterais qu'avec l'informatique, c'est la réalité de la relation qui est modifiée par l'interaction.
Yves: au point actuel des médias électroniques, est-ce que la matrice de l'histoire peut encore être la masse comme pensait Benjamin à partir du film? La masse est en réseau, elle a développé un système nerveux complexe, dénoyauté, ce n'est plus la même position, plus la même opération avec le temps réel et le simultané, avec l'immédiat de la réaction des codes.
Laura: la masse n'est plus la masse, elle est hyperactivée, en réseau mondial, dans l'immédiateté du changement de processus, de lignes, de voies. Elle n'est plus, c'est sûr, un public, un examinateur qui se distrait.
Yves:on pourrait chercher maintenant à faire un parallèle pronostic: dans les enjeux modernes du cinéma, la masse est la matrice, dit Benjamin, la promesse de libération des fascismes, des violences d'Etat. Dans les enjeux actuels des médias électroniques, quelles sont les libérations à venir...?